Comité d’aide à Sangha et au pays Dogon
Avril 2014
Des nouvelles du pays Dogon par Sékou Dolo
Cela fait bientôt 4 ans que les touristes ne vont plus au Mali compte tenu de la crise
politique qui a secoué le pays. Cette situation a provoqué la réorganisation des activités
agricoles et un retour vers l’économie de subsistance. Notre correspondant local, Sékou
Ogobara Dolo, nous livre avec ces quelques lignes son analyse de la situation :
Voilà une vraie crise qui se déclenche au regret du peuple malien ... que dire ?
« Est-il possible de retrouver un peigne qui se trouve sous le pied de son propriétaire ? »
Les opérateurs du secteur touristique s'interrogent sur la viabilité de ce qui constituait une
véritable chaîne économique et qui avait permis l’épanouissement de l'économie de base … Quand on
pensait que seuls les principaux acteurs étaient touchés, c'est toute l'économie de la région qui ne se
relève pas directement liée ou pas à cette activité … Ce n'est pas la crise économique de 2009 touchant
l'Europe qui a impacté la venue des touristes en cinquième région du Mali. Cette crise-là fut en partie
endiguée grâce à la présence des vols charters Point-Afrique qui offraient un tarif meilleur et
atterrissaient dans cette zone …
En septembre 2010, nous apprenions le débarquement des militaires français au camp militaire
de Sévaré, près de Mopti. Dès lors, chaque semaine, arrivaient des petits groupes de « soldats touristes »
accompagnés d'un guide local.
Ces visites guidées ne perdureraient pas et bientôt des petits groupes de soldats traversaient le pays
dogon sous forme de patrouille. Ces militaires au cours de ces visites alertaient les touristes présents sur
l'insécurité dans ces zones. Au même moment, les ambassades conseillaient à leurs ressortissants de ne
pas dépasser la zone au-delà de Djenné puis de Ségou, ce qui mettait progressivement le pays tout entier
de l'orange au rouge alors que c'était la partie Nord qui était au rouge. C'est alors qu'arrivaient du
Nigeria, puis peu de temps après du Niger, des groupes d'enlèvement en direction du Nord Mali. Une
bonne cible, une vaste étendue du désert dans l'Adra des Iforas où ils s'étaient réfugiés … de là
commencent les négociations pour les rançons avec les pays concernés …
Depuis, une vraie crise économique s'installe dans notre cher pays. Pour le peuple malien, cette
affaire pouvait être résolue en quelques semaines mais elle s'étend sur des mois et des années. Nous la
vivons de plus en plus difficilement et, évidemment, cela a ramené le pays à plusieurs années en arrière,
voire à 50 ans en arrière.
Il nous semble important de rappeler qu’aussi diverse que soit une culture, la population en est
fière et la protège. Avec l'arrivée de l'autorité supérieure, "l'état", chacune de ces cultures s'est adaptée
aux règles de la nation, afin d'éviter de freiner le développement commun.
Cela fait quatre saisons touristiques que le Mali est amputé de la moitié de ses régions, représentant une
des sources principales de revenus pour l'économie malienne. De plus, vient se greffer la baisse de la
pluviométrie. Situation d’autant plus dure pour tous ses habitants que le revenu financier du tourisme
était un des derniers espoirs, palliatif à la rareté de la pluie. Si nous pensons que nos pays sousdéveloppés
n'ont pour souci majeur que l'autosuffisance alimentaire : quel peut être le sort de ces
peuples ? Où est le sens de la mondialisation ? Que signifie le slogan « la santé pour tous d’ici l’an 2000 »
? Enfin, où se situe le destin de ce monde si, dès à présent, nous sommes à ce stade de dépendance ?
Dans cet esprit, j’ai suggéré au Comité d’Aide à Sangha de continuer à soutenir les coopératives
de femmes, à privilégier les projets agricoles afin d’étendre les périmètres de culture maraîchère et de
concevoir de nouveaux partenariats afin de s’engager dans des projets beaucoup plus ambitieux qui
permettraient de ralentir le processus de désertification qui menace toute notre région. Le Comité nous
a toujours manifesté son soutien sur le terrain et nous espérons qu’une fois encore nous pouvons
compter sur vous tous pour nous accompagner dans cette période de transition.
Sékou Ogobara Dolo, Représentant du CAS
Comité d’aide à Sangha et au pays Dogon
www.sanghapaysdogon.fr

















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