Jardin d'enfants du village de Shô

Jardin d'enfants du village de Shô

compte rendu février 2012 par Laura Andrzejewski

                            

1.     Généralités

       Pour arriver au village de Shô nous avons emprunté chaque matin un « moto taxi brousse », qui nous acheminait à travers routes et sentiers de terre battue jusqu'à l'école fondamentale du village de Shô au Mali. Nous avons été très bien accueillis par les villageois et l'équipe pédagogique, chacun a fait son maximum pour nous accompagner, nous guider, nous faire participer aux activités. De là, nous terminions à pieds le trajet vers le jardin d'enfants qui prend en charge les écoliers à 9h30.

       Ce trajet de quelques kilomètres, de plus petits que nous le faisaient entièrement à pieds. En effet certains écoliers du jardin d'enfants, l'équivalent de la maternelle chez nous, s'y rendent à pieds et parcourent une distance de plusieurs kilomètres ; accompagnés de leurs aînés qui eux, s'arrêtent à l'école fondamentale. Les plus petits arrivent ainsi au jardin, parfois retardés et fatigués par leur long trajet. Bien que la plupart des enfants scolarisés au jardin d'enfants de Shô habitent ce même village, certains viennent de Katibougou (9km), de Ouere (2km), ou encore de Daga (2km).

Parmi les 87 inscrits, 10 enfants viennent d'un autre village que Shô. Les enseignants nous ont garanti que les écoliers étaient cependant assidus et qu'il y avait peu de sortie anticipée du système scolaire. Les enfants scolarisés en petite section, le restent en moyenne et grande section puis entrent à l'école fondamentale. Pour scolariser leur enfant, les parents d'élèves paient une participation de 500 FCFA (soit 0,76 €) par mois.

2.     Pédagogie


            Entre 8h30 et 9h30, les enseignants et les enfants arrivent au jardin et s'installent dans la cour en attendant l'entrée en classe à 9h30. C'est un moment où les enseignants se retrouvent et discutent de pédagogie, c'est le moment où ils préparent leur classe. Ils échangent leurs points de vue,  et s'entraident pour la préparation logistique de certaines activités. Une fois en classe, les consignes sont données en bambara, les enfants ne parlant pas couramment français.

   Une journée dans la classe de moyenne et grande section

            La classe de la moyenne et grande section est tenue par la directrice. Sur les 36 enfants inscrits dans cette classe, 19 sont des garçons et 17 des filles. Ce jour, 35 enfants étaient présents. En moyenne 2 à 3 enfants sont absents  par jour.

            En arrivant, les enfants nettoient la poussière des tables avant de s'installer sur de petits tabourets autour des tables rondes.

            Programme du jour :

Activité : langage

            Les enfants apprennent du vocabulaire sous forme d’un chant rythmé par des claquements de mains.  Chaque phrase chantée en français est ensuite traduite en bambara. Les actions décrites dans le chant sont mimées au fur et à mesure. Dans un premier temps les enfants répètent phrase par phrase à la suite de l'institutrice. Puis l'institutrice interroge certains enfants, pour leur demander de réciter un couplet en français.

Thème : la famille (le père, la mère, le grand père et la grand-mère)

            A partir d’un support imagé, les enfants dialoguent avec l’enseignant autour du thème au programme. Il doivent  décrire ce qu'ils voient sur une image et répondre aux questions de l'institutrice sur la fonction des choses.

 

Récitation : mon pays

            Elle est dite en français puis en bambara.

Jeux didactiques

            Les enfants manipulent des puzzles. L'institutrice m'explique que c'est un travail de motricité fine.

Goûter-récréation

            Les enfants profitent de la récréation pour se rendre aux latrines. Les plus petits utilisent un pot. Puis ils sont tous appelés à se laver les mains au savon.

                 Installés sur  leur petits tabouret ou sur des nattes qui les protègent du sable, à l'ombre de l'arbre qui domine la cour les enfants attendent leur goûter. Ils prennent avec eux les jeux qu'ils ont commencé en classe.  Ce jour les enfants reçoivent une tasse de bouillie chacun. Elle est sucrée et ils en sont friands.

                 Une journée dans la classe de petite section

            La classe de petite section est composée de 51 enfants, 25 sont des filles et 27 des garçons. Ce jour 47 sont présents et 4 absents. Le programme de la petite section est similaire à celui de la grande.

            Programme du jour :

Activité : Education physique

 

             Les enfants se mettent en rang dans la cour et sortent en frappant de manière rythmée leurs pas, manière d'apprendre à compter. Au préalables les instituteurs on délimité un terrain avec de la cendre sur la place du village. Les enfants se rendent ainsi à l'extérieur du jardin d'enfants et participent à une activité qui a dans un premier temps ressemblé à de la gymnastique, puis qui s'est poursuivie par un jeu de relais, les faisant travailler précision, patience, rapidité et entraide. A ce moment quelques perturbateurs sont apparu, les canards et les ânes qui passaient par là se sont invités sur le terrain avant de se faire chasser par un voisin qui observait les enfants jouer.

Récitation : Mon jardin

« Mon jardin s'appelle

Jardin d'enfants de Shô.

Il est situé au milieu du village.

On dirait un nid d'oiseau !

C'est lui qui nous éduque,

C'est lui qui nous apprend

Les bonnes règles de la vie.

J'aimerais toujours mon jardin ! »

 

Activité manuelle : la pâte à modeler


           Un petit morceau de pâte à modelé est donné à chaque enfant qui reçoit la consigne de réaliser un bonhomme. L'enseignant explique étape par étape la méthode à suivre. On peut observer une grande entraide entre les enfants, ceux qui réussissent aident les autres jusqu'à ce qu'ils y arrivent. Il est intéressant d'observer la manière de représenter et styliser le corps humain, de remarquer la position des bras et des jambes. Les jambes sont volontairement accrochées au tronc des chaque côté des hanches bien verticales. Tandis que les bras sont bien droits et perpendiculaires. En France, le bonhomme aurait peut être été représenté les bras obliques et les jambes en triangle.

Goûter-récréation

            A la fin du goûter les enfants viennent un à un se rincer la bouche à l'eau. Puis la dame en charge du goûter fait la vaisselle et range la cuisine. La journée s'achève ainsi et chacun repart.

            La plupart des enfants du jardin se rendent à l'école élémentaire, à quelques centaines de mètres, pour attendre la sortie de classe de leurs grands frères et soeurs, qui a lieu un peu plus tard.  Puis ils rentrent chez eux ensembles.

     1.     Stockage du matériel pédagogique

            Dans chaque classe se trouve une armoire et des coffres de rangements. Ils contiennent toutes sortes de fournitures. Dans les armoires sont stockés les jeux des enfants, les crayons et feuilles, mais aussi les documents pédagogiques des enseignants.

            A notre arrivée, les armoires étaient en désordre, les fournitures et les jeux étaient mélangés, si bien que les enseignants ne savaient plus très bien ce que ces armoires contenaient.

            Comme nous avions amené nombre de fournitures au jardin d'enfants, nous avons proposé à la directrice de leur faire de la place. Ce fût l'occasion de ranger ensemble ces armoires. La directrice a ainsi réorganisé les étagères en fonction des activités qu'elle propose, de leur régularité etc... Elle souhaitait attendre de recevoir les nouvelles fournitures et les ranger dans l'armoire, avant de mettre des étiquettes descriptives sur chaque étagère. Les enseignants nous ont confiés qu'ils avaient beaucoup de crayons de couleur, mais qu'il leur manquait des jouets pour occuper les enfants en récréation dans la cour. 

            Nous avons assisté à la préparation d'une activité de coloriage. C'est ainsi que nous avons pu prendre conscience du temps de préparation qu'elle nécessite. Munis d'un modèle et d'un papier carbone, les enseignants ont décalqué 87 dessins, qu'ils ont ensuite repassé au crayon afin d'en rendre le contour net. L'activité coloriage n'a eu lieu que le lendemain matin.

            Une fois le matériel apporté de France entre les mains des enseignants, ces derniers étaient très enthousiasmés de voir de nouveaux jeux remplir leurs étagères. Ils ne connaissaient cependant pas la nature ou le mode d'utilisation de chaque chose. Ils nous ont ainsi demandé qu'est ce que certains flacons de peinture étaient ? Comment se servir de la peinture liquide, qu'il connaissent habituellement en palette solide ? Ils nous ont également questionnés sur la nature de certaines plaques imagées. Il s'agissait d'autocollants en relief, qu'ils n'avaient jamais vu.

            Le matériel apporté est dépendant des différentes collectes, donateurs etc... Il est ainsi difficile d'obtenir un même objet en grande quantité. Il n'est donc pas facile pour les enseignants de distribuer le même objet à chacun de ses élèves et de leur donner une consigne commune.

2.     Hygiène

            L’aide éducatrice, Mariam est chargée d’assurer l’hygiène des enfants et du lieu. Cependant en pratique c'est la c'est la cuisinière qui prépare le goûter et entretient les locaux. Elle s'occupe de la préparation   remplir les bouilloires servant au lavage des mains, de la vaisselle, de balayer … La directrice m'explique que la vieille dame se charge de l'hygiène et du goûter tandis que l'aide éducatrice a un rôle plus pédagogique, elle enseigne parfois.

            Les latrines ont été bétonnées, ce qui en facilite le nettoyage, qui se fait désormais au savon  tous les deux jours.

            Lorsque les enfants ont le nez qui coule, ou sont enrhumés, ils n’ont pas de moyen pour se nettoyer le nez facilement.  Leur nez coule toute la matinée, ce qui est propice aux transmissions de maladies. Pour se moucher les enfants utilisent les moyens du bord : pour certain leur blouse, pour d'autres le mur du bâtiments, voir même un linge sale trouvé par terre et jeté par terre sitôt après.

                        Nous avons emmené au jardin d'enfants un distributeur de mouchoirs ainsi que des mouchoirs : environ 2000. En en distribuant un par enfant et par jour cela représente environ 4 semaines de consommables.

            L'instituteur Boubacar a animé une initiation au mouchage des enfants. Il leur a distribué un mouchoir chacun et leur a expliqué comment s'en servir. Une fois mouchés, il demande aux enfants de replier leur mouchoir, de le ranger dans la poche de leur blouse, puis de les rassembler dans une grande corbeille en fin de matinée afin de les brûler.

            Le distributeur de mouchoirs sera installé dans la troisième salle de classe une fois que cette dernière sera opérationnelle.

            La question du renouvellement des consommable reste en suspend. Comment renouveler le stock de mouchoirs au jardin d'enfants ? En amenant les fournitures de France ? En cherchant à en acheter sur Bamako ? Le distributeur suspendu de mouchoirs est-il compatible avec plusieurs type de recharges ?

3.     Goûter

            Le menu du goûter varie chaque jour et a été élaboré avec le souci d'apporter un repas équilibré et riche en protéines. Lundi mercredi et vendredi les enfants mangent de la bouillie complète de farine Misola, mardi un oeuf du pain et un fruit, et jeudi du lait un gâteau et un fruit.

            Le goûter est préparé chaque matin par la cuisinière, qui prépare les aliments et les fait cuire dans une cuisine fermée, à l'abri du sable.

            Le premier jour de notre visite, les enfants devaient recevoir chacun un oeuf, un fruit, et du pain. En réalité ils n'ont eu qu'un seul oeuf cuit dur chacun. Certains enfants avaient cueilli des mangues sur le chemin de l'école, ils les partageaient avec leurs camarades. L'instituteur qui se charge d'aller chercher les ingrédients nous explique qu'il est parfois impossible d'acheter au prix convenu, et que pour cette raison, les enfants ne peuvent pas toujours avoir l'intégralité du goûter prévu. Parfois le prix des denrées alimentaire est multiplié par trois au cours d'une année. Cette question a été discutée par Mary, la Présidente avec les responsables et le goûter a été payé d'avance pour une durée de six mois. Une partie de la faine Misola du goûter des six mois à venir est stockée dans le bureau du directeur de l'école élémentaire et l'autre partie se trouve dans les armoire, au jardin d'enfants de Shô.

            La farine Misola servant à préparer la bouillie servie 3 jours par semaine est un farine complète. Elle est conçue dans le but de « prévenir et traiter la malnutrition ». Elle est composée de petit mil, de soja et d'arachide, et enrichie en vitamines, oligo-éléments. Comme il s'agit d'un aliment riche et complet, il est prévu de mélanger cette farine à l'eau, de la faire cuire et de la servir ainsi.

            Les enfants n'étant pas habitués à cette nouvelle bouillie, La cuisinière ajoutait du sucre pour que les enfants la mange plus facilement. En effet, une fois sucrée, les enfants en raffolent. Seulement, par crainte de déséquilibrer le goûter il a été décidé au cours de notre mission de supprimer le sucre de la bouillie. Les enfants ont semblé un peu surpris, mais ont cependant terminé leurs tasses.

            Lors du goûter les enfants sont installés dans la cour, et le vent souffle beaucoup de sable. Un des projet est de la bétonner ou de la stabiliser.

  1. A l'horizon …

       Avec la construction d'une troisième salle de classe au jardin d'enfants, les enfants pourront être plus nombreux à être accueillis. Le nombre de goûters à servir augmentera donc avec le nombre d'enfants scolarisés. Il sera donc certainement nécessaire de reconsidérer le budget du goûter pour la rentrée prochaine.

  1. Ressenti personnel

        Ce séjour a été fort en émotions et en admiration. Une importante solidarité uni les enseignants, qui partagent leurs tâches, projets, impressions, conseils etc... Les enfants sont également très solidaires, ils s'entraident dans la réalisation de leurs activités. Les plus grands guident les plus petits. Ceux qui sont le plus à l'aise avec une activité, soutiennent ceux qui sont plus hésitants. Leur patience est également impressionnante. Ces jeunes enfants attendent sagement les consignes de leurs aînés, les classes, bien que nombreuses, ne sont pas dissipées.

            Les enseignants avaient le désir de nous faire partager leurs activités quotidiennes, mais aussi de nous faire entrevoir leur culture.      L'enseignant Boubacar nous à emmené voir le filage traditionnel du coton dans une famille voisine. Il nous a également montré la préparation et le dépeçage de la chèvre pour le repas de la fête du village du soir.

            Au jardin d'enfants j'ai pu accompagner la directrice Fatoumata, l’aide éducatrice Mariam , la cuisinière et l’enseignant Boubacar dans leurs activités quotidiennes. Je les remercie vivement de m'avoir accordé tant de temps.

Laura Andrzejewski



Ajouté le 05/10/2013 par Laura Andrzejewski - 0 réaction

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