association Yantimbé

 

                                                            Yantimbé          journal n°20 avril 2012

 Journal de l'association
Jean-Claude et Marie-France Faynot-Richard, 64 route du Doucet 74410 Saint-Jorioz

 


Dépêches du Mali

 

L'axe routier Nord-Sud Gao-Bamako est long de 1 200km; il passe par Mopti à 556 km de Gao. La ville de Douentza (avance extrême des rebelles) est à 167 km de Mopti; encore 80 km on est à Boni; et encore 62 on est à Hombori et il ne reste plus que 247 km désertique pour Gao. La route franchit le Niger sur le seul pont à des centaines de kilomètres à la ronde.

(par téléphone mobile)

- 23/3 « des balles perdues ont frappé dans la cour de l'école ».

- 28/3 à Boni: « ce sont de petits voyous , on a peur ».

- 31/3 « nous nous sommes mis à l'abri dans notre village dogon ».

- 2/04 à Boni: « toute la famille se sauve dans la brousse ». Non joignable depuis.

- nuit du 5 au 6/4 sur répondeur: « je vais bien avec ma famille. Nous sommes vraiment terrés ». Une heure plus tard: « on est dans un endroit où on est obligé de se cacher. J'allume le téléphone de temps en temps seulement. Au revoir. » A.B. a pu se réfugier au sud abandonnant ses biens.

- à Songho, le relais ne doit plus être en état. Réponse invariable: « pas d'abonné... »

- 10/4 en zone occupée: « On mange des feuilles ». Peut-être une affirmation anticipée de quelques jours mais les réserves alimentaires sont inexistantes et les voies de ravitaillement coupées.

- 18/4 par @ -« les rebelles ne font pas de dégâts à Boni compte-tenu des liens historisques; c'est une ville qui abrite beaucoup de Touaregs et d'Arabes ».

- « des habitants de Douentza se sont réfugiés dans les collines de Koumbewel Koundia » .

- « les Pères blancs sont partis à Ouagadougou à cause du danger des milices islamistes ».

 

Crises et guerre

La situation au Mali est inquiétante et triste. Le putsch improvisé de mars a révélé les faiblesses d'un état oùla corruption règne en maître. Il est troublant de constater que, donné en janvier comme modèle démocratique, il apparaît en mars que cette démocratie n'était que électorale et encore (abstention aux présidentielles de 2007: 63%). Indépendant depuis 1961, la pays a d'abord tenté une union ratée avec le Sénégal puis en 1968 Moussa Traoré a établi une dictature marxiste. On enseigne encore le russe jusque dans les établissements de province; les élites politiques y compris le président par intérim ont été formés en URSS. Vaille que vaille la crise politique est moins vive mais  les problèmes les plus graves demeurent.

  Les signes annonciateurs pour ceux qui voulaient bien voir dans le Mali autre chose qu'une destination touristique exotico-folklorique, se multipliaient :  pauvreté et  écarts de richesses allaient en croissant. La vie est dure en Afrique pour les Africains. Le gouvernement français n'avait peut-être pas tort de prévenir ses ressortissants d'un danger. En 2008, le président ATT fit voter à l'unanimité des députés, un nouveau Code Civil plus favorable aux femmes. Des manifestations monstres menées par le mouvement chiite  Ansar Dine (la même dénomination que les islamistes qui font régner la charia  à Gao) obligèrent au retrait de la loi. La « rue »   à Bamako n'est pas hostile à l'instauration de la charia : « il y a des interprétations  possibles » nous disait ces jours-ci un enseignant. L'opinion publique ballotée entre la tradition religieuse et les frustrations de la société de consommation, est déboussolée : un jour, elle proteste contre l'intervention militaire  française pour libérer (en vain) les otages ; le lendemain elle proteste (« France ingrate, France complice , à bas la France»)  parce que les soldats français n'interviennent pas au nord ; une autre fois elle conteste l'intervention occidentale en Libye puis la non-intervention en Syrie. En fait, le vrai reproche fait à la France est de ne pas donner suffisamment de  visas d'entrée. A courte vue les Chinois qui pourtant pillent le pays de ses richesses minières, sont aimés parce qu'ils apportent des produits bon marché dont le sacro-saint téléphone mobile. La « rue » appelle de ses voeux le changement, n'importe quel changement. La guerre avec son lot de trafics, d'aide massive ne déplaît pas aux gens avides d'argent, planqués à l'abri.

Aujourd'hui au Sahel, le différend ancestral entre nomades et sédentaires, déjà celui de Caïn et Abel (cf. le film de Cheick Oumar Sissoko, La Genèse) se poursuit . La colonisation française à la fin du XIXème siècle avait supprimé les razzias et l'esclavagisme  pratiqués par les Touaregs aux dépens de la population noire. Après la terrible sécheresse de 1913, la révolte des « Hommes libres » du désert fut anéantie (1916-1917). Le rapport dominant/dominé fut inversé lors de l'indépendance en 1961: les ethnies noires tenaient leur revanche et on entra dans un cycle infernal de vengeances. Les Touaregs refusant de devenir des citoyens de seconde zone prirent les armes(1962-64) :  la répression fut  violente. Pendant la dictature, l'ordre bureaucratique régna au Mali : les nomades souffrirent des grandes sécheresses de 1969-74 et 1981-85 ; ils se paupérisèrent et se fixèrent. L'avènement de la démocratie et l'élection du président Alpha Konaré (1992) fut le signal de la reprise du conflit armé. Les estimations des pertes s'élevèrent à plusieurs  milliers de Touaregs tués avant qu'un accord n'intervienne (1994). De nombreux nomades du Mali émigrèrent alors en Algérie dont ils furent assez vite chassés et en Libye enrôlés par Khadafi puis chassés avec armes et munitions en 2011. Le massacre d'une centaine de soldats maliens à Aguelhoc en janvier 2012 marqua le début d'une nouvelle poussée offensive. Aujourd'hui ils revendiquent, avant marchandages l'indépendance d'un territoire jusqu'à Mopti et même peut-être le Pays dogon. Les habitants de cette zone fuient quelquefois dans la brousse : ils souffraient de la faim , ils vont en mourir.

Quelle armée peut repousser maintenant les Touaregs, les islamistes, les terroristes qui ne seraient pas plus de 2000 sur un territoire immense, difficilement contrôlable ? Il y a quelque chose d'irréel à penser que l'on se bat à Gao pour quelques arpents de sable et de cailloux dont la richesse minière n'est pas prouvée.

 Les pages qui suivent vous sembleront peut-être décalées voire dérisoires face à notre impuissance actuelle.

Les actions de Yantimbé

 

                   Nos actions sont diversifiées, celles en faveur de l'école en restant la base

Sénèque et l'aide

Voici 2 000 ans, le philosophe écrit dans «La Vie Heureuse » : «Je ne croirai jamais posséder que lorsque j'aurai donné à bon escient. J'évaluerai mes bienfaits non d'après leur nombre ou leur importance mais d'après rien d'autre que l'estime que je porte à qui les reçoit....Il se trompe celui qui croit que donner est facile; la chose présente la plus grande difficulté si l'on distribue avec discernement et qu'on ne répand pas ses dons au hasard et par lubie». Et si l'aide au Tiers-Monde s'inspirait de ce vieux sage romain?

 

L'école de Sévaré

«Nous avons de sérieux problèmes pour maîtriser les effectifs. L'école est très sollicitée pour sa qualité et son coût (moins de 5€ par mois). Mais nos capacités sont limitées et les parents ne veulent pas comprendre pourquoi nous limitons à 50 élèves par classe. Les parents disent qu'il y a encore de la place dans les salles alors que l'effectif fait la qualité de l'enseignement. Par contre à l'école publique, les élèves sont plus de 150 par classe. L'ouverture d'une 4ème classe nous fait beaucoup de soucis : pas de meubles(tables-bancs, bureau, chaise, armoires), pas de manuels, ni de fournitures; aucune classe n'a d'armoire.Nous serions heureux si vous pouviez partager nos soucis avec des personnes de bonne volonté». L'école accueille 165 élèves tant musulmans que chrétiens ; d'ailleurs les enseignants sont de différentes confessions,

Ces lignes écrites par la directrice de la Mission catholique dénotent un réel souci de réflexion sur l'avenir des enfants ; état d'esprit qui semble trop souvent absent chez les enseignants du public, contractuels mal payés, mal logés (pas d'électricité, pas d'eau), éloignés géographiquement et préoccupés par leur survie. La hausse du taux de scolarisation au Mali dissimule mal que l'école est trop souvent une garderie, ce qui a pour résultat de faire naître un sentiment de frustration dans les familles qui espéraient dans l'école. Aussi les écoles privées à effectifs plus faibles fleurissent ainsi que les cours particuliers. D'ailleurs une des causes du grand mécontentement contre le Président Touré est la volonté de contrôler la validité des diplômes des enseignants contractuels. Fasciné par la hausse du taux de scolarisation qui conditionne le montant des aides internationales, le gouvernement malien a embauché un grand nombre de contractuels ; ces derniers ont réclamés leur titularisation et la réponse gouvernementale a été de contrôler tous les diplômes dans un pays où les faux sont légion! La presse parle d'une course aux attestations. Cela a retardé la titularisation des enseignants voire anéanti l'espoir de cette titularisation.

 

Parrainages

Yantimbé paye les frais de scolarité et les fournitures scolaires, pour 2 fillettes; a envoyé colis et quelques euros pour la nourriture . Le coût indiqué peut permettre des comparaisons avec d'autres parrainages.

La directrice: «Djénéba est passée à mon bureau pour me dire que son sac est déchiré. Le mieux est que j'achète ici, un sac à 2000 francs CFA (3 €). Je lui ai remis le colis que vous m'avez envoyé en présence de sa maman. Elles étaient très contentes caril contenait des vêtements de froid à un moment bien indiqué (janvier). Son travail est assez bon en 2ème année primaire : en novembre, 6,5/10, 36ème sur 55 élèves. Elle a maintenant, grâce à vous un acte de naissance. J'ai trouvé un encadreur pour l'aider (7,5 /mois).

Merci d'avoir accepté le parrainage de  Yatèmèlou Colette Banou. Ce sera un grand ouf pour sa maman Angeline Djiguiba car son mari Wagounaou Banou est décédé. Elle lave le linge et les vaisselles pour nourrir ses enfants. Le parrainage est le bienvenu car il allégera les souffrances de la maman. Yatémélou n'avait pas de livres. Je lui ai acheté un livre de lecture 5 000f et un de maths 2 500f. Je crois que cela améliorera son travail. Elle fait la même classe que Djénéba mais est beaucoup plus studieuse: elle a eu 7,33, 12ème sur 55 élèves.

 La situation de Djénéba est un peu différente de celle de Yatèmèlou. La maman de Yatèmèlou bien que vraiment illettrée et pauvre, ne vit que pour ces enfants. Elle s'intéresse à leur travail et se bat pour eux. Par contre les parents de Djénéba sont séparés en mauvais termes. La maman s'est remariée mais n'est pas heureuse et la petite vit dans cette situation, laissée à elle même.

Les mamans des 2 filles sont très contentes de l'argent que vous avez envoyé (5€ représentant 20kg de mil soit 40 jours de nourriture pour un adulte).L'argent leur a été remis à l'école devant les collègues. Merci infiniment pour tout. La plupart des enfants ici (à Sévaré-Mopti) ont des parents qui n'ont pas grands moyens: des journaliers et surtout que la récolte a été mauvaise cette année; il leur manque le quotidien si bien qu'il y a beaucoup d'enfants à parrainer ». Toute aide spécifique sera donc la bienvenue.

 

Scolarisation de brousse

Nous nous sommes attachés à sortir de la misère, à long terme, la famille de Alou qui en exprimait le désir, en aidant à la scolarisation d'enfants de la brousse. Epreuve d'équilibriste car le financement de la scolarité se fait en concurrence avec la satisfaction des besoins immédiats (nourriture). Faute de pluies la récolte n'a été que de 200kg et en décembre le kilo de mil atteignait déjà 250 f/kg (à Boni  semi-désertique ), plus du double des autres années.

  Les 2 aînés, Amadou et Boureïma sont élèves de 7ème année(1ère année de collège) à Sévaré(250km de chez eux), à l'école de La Tolérance. Frais de scolarité: 12 500f/mois/élève: c'est beaucoup). Un membre de la famille les héberge pour 20€ mensuels. Au premier trimestre Amadou est 25ème, 10,21 de moyennes, appréciation du directeur Mr Luc Delé Arama: passable, courage; Boureïma 27ème avec 9,82, appréciation: insuffisant, courage. Amadou est faible en mathématiques mais a toujours 18 en dessin; Boureïma a plus de difficultés en lecture et en anglais. Mr et Mme Guindo jouent le rôle essentiel et difficile d'intermédiaire: les garçons passent leur dire bonjour. Oumarou est en 4ème primaire à l'école publique de Boni; il est 1er sur 24 élèves classés (le directeur Mr Ousmane Ganaba nous dit qu'il y a beaucoup d'absentéisme). Son ancienne institutrice dit de lui: « il aime beaucoup l'école, je lui souhaite beaucoup de courage ». Les deux fillettes Mariam et Djénéba sont enfin scolarisées en première année à Boni, depuis que la famille a quitté le hameau de brousse pour la ville: « elles sont courageuses et commencent à mémoriser beaucoup de chose» écrit le maître d'école. Depuis fin mars, les écoles sont fermées d'autant que Boni et Douentza sont englobées dans le territoire revendiqué par les Touaregs.

Hamadoum, 20 ans apprend à coudre. Nous essayons d'équiper la famille en expédiant des colis.

 

Songho village dogon

1°Nous y envoyons de nombreux colis postaux en essayant d'adapter le contenu aux besoins avec ce que vous nous donnez : vêtements, chaussures, fournitures scolaires.....

2°Les touristes ne viennent plus, l'eau courante est coupée, l'électricité de l'hôtel fonctionne très faiblement (déficiences du système sophistiqué de panneaux solaires). Le jardin scolaire a été squatté par une ONG suisse pour élever des canards ! Une trajectoire un peu triste pour ce village touristique. Seuls les arbres (20) que nous avons planté voici 15 ans donnent de l'ombre à l'école.

Laya Karembé, notre correspondant depuis 20 ans est allé acheter 350 kg de mil à 145f le kilo à Bankass où la récolte était bonne pour constituer une Banque alimentaire à destination des plus pauvres. Début février le kilo de mil atteignait déjà 175f; il est aujourd'hui de 300f !

4° Khalfale forgeron aveugle a reçu des secours alimentaires : «la récolte est très mauvaise mais le village lui a donné un fagot de tiges de mil». Son fils Moussa devait, pour être scolarisé payer une cotisation de 450f au directeur (sic) : nous l'avons financée ainsi que son équipement pour l'école. Sékou son fils adolescent fabrique des couteaux et du petit matériel dans la forge. «Il y a aussi une petite fille handicapée» mais tout ce que nous pouvons faire: c'est que  «la famille de Khalfa mange bien maintenant».

5°Le jardinier Mamadou a utilisé les semences envoyées et a distribué des légumes aux amis : pommes de terre, haricots....L'effondrement de son grenier de banco a gâté ses semences d'oignons.

6° Notre ami Dougall a réparé la machine à coudre offerte voici 12 ans et en  a acheté une 2ème d'occasion : «mon enfant Ousmane a pris du courage dans les études et il coud aussi les habits. C'est le tout puissant qui va vous payer pour les biens que vous me faîtes».

7° Laya poursuit son action d'alphabétisation à l'aide d'un syllabaire, en faveur des laissés-pour-compte du village et des hameaux. Grâce à un petit panneau solaire, il donne des cours du soir dans sa concession ; le samedi et le dimanche, il parcourt les hameaux. A Waou un grand élève a construit un «hangar» pour abriter les petits écoliers. Laya voudrait un vélo car le carburant de la mob est trop cher (800f/l).

Des actions modestes mais qui touchent des «oubliés».

 

Bandiagara

 

Le premier jardin a été réhabilité à Bandiagara et a permis de cultiver des plantes médicinales en particulier celle entrant dans la fabrication du remède contre le paludisme. On envisage la réalisation d'un second jardin cette année.

La fabrication du savon ne semble pas aussi aisée que prévu : les femmes épileptiques vont persévérer : donc l'achat d'un moule industriel ne s'imposait pas comme nous l'avions préconisé ce qui avait permis de diviser le devis initial par 5. Une petite buanderie branchée sur l'adduction d'eau va être réalisée; elles pourront ainsi espérer quelques revenus.

Pour assurer la pérennité des soins et de l'activité, l'association Soperdi souhaiterait rémunérer 3 bénévoles. Cette dépense de fonctionnement nous pose problème car elle se renouvelle chaque mois. Nous avons pris contact avec Mme Attilia Ferrari qui, depuis l'Italie, souhaite aider Pierre Mounkoro tout en coordonnant l'action des 5 partenaires.

 

 

Pierre a le projet demandant à être précisé, d'établirune école de soins infirmiers. Celui d'alphabétiser une dizaine de femmes doit encore être affiné pour ne pas donner un coup d'épée dans l'eau.

Plus de 50 kg de vêtements chauds sont parvenus cet hiver, par nos soins au grand bonheur des gens.

 

Cabinet de soins infirmiers

Après son double succès : entrée en 4ème année de médecine et diplôme d'infirmier d'état, Alphady a voulu installer un cabinet de soins infirmiers à Bamako d'autant que la rentrée universitaire n'a eu lieu que fin janvier et que les grèves à répétition le délivrent de l'obligation des cours. Mais depuis fin novembre, en dépit de nombreuses démarches, il attend en vain une autorisation d'ouverture qui normalement demande 15 jours. Il a dressé un devis détaillé de tout ce dont il avait besoin et nous l'avons financé. Depuis le coup d'état, les grèves ont cessé mais l'autorisation n'est toujours pas venue. On comprend le découragement de la jeunesse dans de telles circonstances. .

 

Radio Boni

La radio Daande Haire à Boni, ville située entre Douentza et Hombori a commencé à émettre grâce à du matériel fourni par Radio Semnoz et qui a transité par notre intermédiaire. Le responsable Boukary Tamboura nous écrit : «vous resterez dans le coeur de tous les acteurs de cette opération». L'inauguration officielle en présence de «Son Excellence, Monsieur le Ministre de la Communication, Porte-parole du gouvernement» devait avoir lieu le 24 Mars. Mais le putsch a eu lieu le 22 !

 

Le dompteur de lion

«Si tu demandes aux gens de venir t'aider à terrasser ton lion, il faut que toi-même, tu tiens bien la tête».

Ce proverbe africain cité par un ami peul condamne celui qui pour vaincre la misère saisit seulement la queue du fauve et demande, en vain du secours aux autres. Vraisemblablement la version tropicale de «Aide-toi le ciel t'aidera» à l'adresse de ses compatriotes qui attendent tout de l'assistanat.

 

Initiative

«J'ai une unité laitière à Douentza ; je produis du lait dans ma petite ferme et je complète en collectant aussi auprès d'autres producteurs : j'essaie d'organiser les femmes peules vendeuses ambulantes en réseau de collecte de lait pour ravitailler mon unité. Je dispose d'un pasteurisateur à gaz de 500 litres. J'ai deux réfrigérateurs, 3 congélateurs pour la conservation du lait et 2 motos chinoises pour la collecte du lait. J'ai 10 vaches laitières de race Goudali(Tchad) ou de race locale (maure) et des volailles. Deux problèmes se posent :1) mieux nourrir le cheptel pour qu'il produise plus, avec la collecte, le coût de revient du lait est trop cher: pratiquement je travaille pour les producteurs; 2) l'amélioration génétique du troupeau.

Pour la production végétale, je cultive un terrain de 2 hectares où j'ai installé un forage manuel et une pompe à motricité humaine. Donc présentement, je cherche à acquérir un tracteur; ici les machines venues d'Inde sont d'inégale qualité. Peux-tu t'informer des prix auprès des firmes en France ?» Renseignements pris, l'expédition d'un tracteur revient à 3 500 € : prohibitif. Au regard de l'abondance de la main d'oeuvre locale inemployée et de son inclination à utiliser des ouvriers, je lui suggère d'embaucher. Réponse : «aujourd'hui la main d'oeuvre est difficile à gérer, les gens ne voient que l'argent, ils ne se soucient pas de la rentabilité ni de la qualité du travail. Les gens ne veulent pas se baisser pour cultiver avec la petite daba (houe)». Cela corrobore le constat du désintérêt des villageois pour cultiver leurs champs.(cf journaux précédents).

 

Indignez vous !

Les investisseurs étrangers accaparent les terres au Mali: 819 657 hectares alors que les terres arables sont limitées et que la population souffre de la faim. 40% de cette surface cultivée en jatropha pour les agrocarburants. Les 4 plus récentes exploitations produisent aussi du blé et du riz mais n'ont pas obligation dans leur contrat de vendre leur production au Mali; ceci en contravention des principes de la Banque mondiale et du PNUD. Les petits cultivateurs ne se laissent pas déposséder sans résistance mais à Bankass, il y a déjà eu des morts de ce fait.

L'initiative privée de Alahidi, technicien agricole n'en est que plus louable.

(le 7 avril par téléphone : notre ami et sa famille ont dû fuir Douentza).

 

Evaluer la lutte contre la pauvreté

Gaspillage : 70% des moyens financiers pour lutter contre la pauvreté dans le monde (2 milliards de pauvres pour 7 d'êtres humains) s'évaporent. Cet argent malsain nourrit la corruption des 2 côtés :les donateurs voient leur générosité abusée. 63 millions de dollars ont été détournés du Fonds mondial contre le sida, la tuberculose et le paludisme (et encore ce serait le Fonds le plus efficace, le moins sujet à la fraude, le plus transparent !): ce Fonds vient de suspendre son aide à 4 pays africains dont le Mali. En 2008 un état d'Amérique verse les fonds pour que chaque écolier malien soit doté de 2 manuels scolaires. Constat sur le terrain : aucun livre ; 2012 : le même état verse 8,6 milliards de francs pour que le Mali lutte contre la corruption et continue ainsi d'organiser à son profit «la fuite des cerveaux» ; une petite association française finance les fournitures scolaires d'une école du Pays dogon de 250 élèves à hauteur de 160 000 cahiers !Le moindre coulage génère la corruption.

 Les actions sur le terrain, les réussites, les innovations, les échecs ne sont que rarement validés et publiés. Les projets sont utilisés à des fins de propagande pour trouver de nouveaux fonds, nourrissant une corruption effrénée qui déglingue les sociétés et les institutions (cf. la situation actuelle au Mali). Les acteurs de terrain imprégnés d'une culture de la générosité croient que cette générosité peut tout justifier. L'enthousiasme angélique produit un enfer pavé de bonnes intentions. Si on estime que c'est un devoir de lutter contre la pauvreté, c'est aussi un devoir d'être efficace.

Parfois des adhérents se détournent, nous reprochant ce qu'ils appellent notre pessimisme. L'évolution actuelle de la pensée de l'aide montre qu'il devient indispensable que l'aide au développement se fasse dans la clarté. Evaluons honnêtement nos actions. (d'après Philippe Kourilsky président de «Field Actions Service» (= Science de l'action sur le terrain) www.factsreports.org)

 

Brèves d'Afrique Noire

- «Sèche tes larmes Mali, la kora te défendra». A.Thiam, journaliste.

- «Il ne faut pas que les non-musulmans se mêlent de nos problèmes». I.Ag Gahaly, chef d'Ansar Dine, rebelles islamistes du Nord.

- Porte-parole des putchistes: «la constitution est suspendue jusqu'à nouvel ordre».

-Alou est malade. De quoi souffre-t-il? « d'une grande fatigue financière ! » (en réalité de la typhoïde)

- «En France vous avez la santé gratuite».

- Sans diagnostic préalable, Alou part au Burkina où il y a « un grand médecin toubab qui opère gratuitement». Retour sans être opéré. Il a pris des crédits pour le voyage.

-«Joyeuses Pâques» nous téléphone-t-on de Bamako le 8 avril. A l'Aïd nous rendons la pareille.

 

Images d'Afrique

-Prise du palais présidentiel à Bamako lors du putsch du 22 mars: les moquettes sont arrachées; 2 automobiles d'ambassadeurs volées.

-Aïsseta du fond de la brousse nous fait demander un téléphone double piste! Incrédulité?  Renseignements pris cela existe pour se connecter sur 2 réseaux.

-La famille Dicko part s'installer à la ville (gros bourg de Boni). « Aïsseta suis ton mari » ont crié pendant 8 jours les villageois venus déloger la récalcitrante retranchée dans sa case avec  le dernier-né. Elle sortit. Trois mois après elle était revenue seule puis avec la guerre la famille s'est regroupée dans le hameau.

Catastrophe humanitaire: la vie encore plus dure

 

Chers amis adhérents,

vous avez compris le sens de notre action et vous avez répondu généreusement à notre appel du dernier numéro : les dons ont été conséquents. Merci aux54 donateurs. Aujourd'hui au Mali les banques, la poste ne permettent plus de faire parvenir l'aide. Mais demain les besoins vont être encore plus grands : exode de plus de 260 000 personnes, manque de nourriture. Déjà la récolte passée était insuffisante (déficit estimé à 2,5 millions de tonnes de céréales pour le Sahel) : les travaux des champs sont compromis . Nous espérons que demain les filles pourront encore aller à l'école, que toutes les écoles seront réouvertes, que les vêtements envoyés seront utilisés de même que les livres.Nous aurons besoin de vos dons venant s'ajouter à la cotisation annuelle de 7,50 €. pour reconstruire. Chèqueà l'ordre de Association Yantimbé

 

 

Cordialement. notre site http :  http://yantimbe.chez-alice.fr/

 



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