Les constructions en terre

 

 

Les constructions en terre en Afrique

 

Travail réalisé au cours de la mission 2011 par Julie Marey, élève architecte

 

I- Introduction sur les constructions en terre en Afrique

 

1/ Le banco, principal matériau de construction en Afrique.

 

L'utilisation du matériau terre se justifie par la nature des sols. Le sol argileux est un excellent moyen de construction. En revanche, dans les régions plus rocheuses, la pierre sera alors le mode constructif le plus exploité. L'architecture africaine exploite et construit selon les éléments naturels présents sur le site. Cette architecture locale évite par exemple les transports qui seraient parfois impossibles sur des sites difficilement accessibles et cela réduit considérablement les coûts.

La terre crue est utilisée en majorité ; la brique de terre cuite est plus rare. Pour cuire la terre, il faut disposer de bois et de fours. A l'inverse, la terre crue se façonne à la main et sèche ensuite au soleil. En durcissant, les briques deviennent résistantes, faciles à transporter et assembler.

 

2/ L'architecture de terre est une technique utilisée dans le monde entier.

 

Dans l'histoire, la géologie d'un lieu a influencé le choix des matériaux de construction. Dès que la pierre ou le bois font défaut, c'est le matériau terre qui est choisi. Ce fut le cas aussi en France. La technique du torchis, le pisé ou du colombage se retrouvent par exemple dans les maisons traditionnelles du Nord de la France (Normandie, Picardie, Champagne, Alsace).  Le pisé est par exemple l'ancêtre du béton ; cela consiste à empiler de la terre dans des coffrages. Dans l'ouest de la France on retrouve des murs en bauge ; cette technique consiste à empiler directement à la fourche la terre avec de la paille et de l'eau. Dans le sud ouest, on trouvera plus l'adobe, qui est une brique de terre moulée qui sèche au soleil. C'est cette technique que l'on a pu observer au Mali. Le terme « adobe » est celui utilisé en Europe, on entendra « banco » ou brique en terre crue en Afrique occidentale.


3/ Pourquoi utiliser cette technique?

 

 Par rapport aux autres techniques, l'adobe permet de tout construire : des murs mais aussi des arcs, des voûtes ou des coupoles. Cette technique est aussi très rapide et très économique. La construction peut être réalisée presque sans outils. Au Mali, la terre est très favorable à la cette fabrication. La terre est fine et ne comporte que peu de cailloux et de graviers. En  revanche, elle est parfois trop argileuse ; elle aura tendance à fissurer au séchage. Pour éviter cela, du sable est rajouté ou encore de la paille. Cela permet aussi d'augmenter la résistance du matériau.

 

 

                                    


1.Voûtes en brique de terre réalisée dans un hôtel en construction à Koulikoro.

2.Rajout de sable et de paille dans la terre argileuse de Koulikoro.


 

 

II- L'architecture de terre, entre technique et savoir faire.

 

1/ Mode d'extraction de la matière première.

 

La terre est d'abord prélevée dans le sol sous la couche de terre végétale. Ensuite, la terre est souvent utilisée directement. Elle peut aussi être mélangée à du sable. Dans certains cas, il peut être nécessaire de la tamisée, de la broyée ou encore de la malaxer. Le travail s'effectue avec des outils simples comme des pelles ou des bêches. La terre est prête à l'emploi quand elle atteint la consistance d'une pâte molle. Le mélange est ensuite transporté dans une brouette jusqu'à la zone de moulage. La terre est ensuite versée sur le sol dans un moule en bois de forme rectangulaire. La brique qui remplie le moule est ensuite démoulé avant de sécher quelques jours. Ensuite, les briques   

peuvent être manipulées sans se déformer ; elles sont retournées sur le côté pour que que les faces puissent sécher de manière homogène. Une fois sèches, les briques sont stockées puis utilisées. Elles seront maçonnées à l'aide d'un mortier en terre.

 

 

          


1.Préparation de mortier avec des débris de mur de terre, Koulikoro.

2.Séchage des briques au soleil, Koulikoro


 

 

 

2/ Les techniques de construction pour la construction et les enduits sont très variées.

 

Au Mali, les briques sont moulées à la main mais il existe une quinzaine de technique de construction différentes (la terre peut être comprimée, façonnée, empilée, coulée dans des moules...) Au moment de l'utilisation, la terre peut être sèche, humide, plastique, visqueuse ou encore liquide. La terre reste vulnérable à l'eau. Des dépassements de toit sont souvent construits afin de protéger les murs de l'eau. D'autre part, les murs sont recouverts d'enduit. Cet enduit est issu de la terre tamisée puis mélangée à l'eau. Ce mélange est étalé à l'état visqueux sur un support humide. En séchant, les enduits peuvent fissurer. C'est pour cela que l'on ajoute du sable ou de la paille. Cela peut éventuellement ajouter aussi un aspect décoratif. Certains enduits sont même sculptés comme le plâtre. La terre est étalée avec des taloches, truelles ou lisseuses mais peut aussi être étalée à la main car elle n'est pas corrosive pour la peau comme la chaux ou le ciment.

 

 

                                      

 


1.Étalage de l'enduit à la main, Djenné

2.L'enduit peut parfois contenir de la bouse de vache.


 

 

3/ Le matériau présente des avantages mais aussi des inconvénients.

 

Le principal problème des constructions en terre est la vulnérabilité face à l'eau. La pluie détruit un mur en terre par le sol à cause des remontées d'eau par capillarité et par le toit. De plus, les toitures plates ou surfaces planes favorisent la stagnation et l'infiltration de l'eau. Les murs sont donc généralement construits sur des soubassements en pierre ou béton et recouverts par de larges débords de toitures. Les enduits sont aussi renouvelés chaque année.

 

En revanche, la terre apporte aux habitants un confort climatique. Cette matière est capable de changer la température ambiante. La terre contient de l'eau, quand la température augmente, elle s'évapore en absorbant une partie de la chaleur. A l'inverse, quand la température se refroidit, une partie de l'eau de l'air ambiant se condense dans la terre et restitue l'énergie qu'elle avait cumulée.

 

 

III- Les édifices en  de terre au Mali

 

1/ L'architecture religieuse, exemple de la Mosquée de Djenné.

 

Les mosquées sont aussi construites en banco. Ce sont des édifices souvent remarquables par leur qualités et leur beauté. Les édifices religieux sont très présents, on trouve souvent au Mali une mosquée par quartier. La mosquée de Djenné, bâtie en 1909,  est l'un des édifices le plus connu car c'est le plus grand monument religieux en terre. Elle s'étend sur 75 mètres de longueur et s'élève à plus de 20 mètres de hauteur. Son toit est soutenu par 100 piliers. Tous les deux ans, la population organise sont crépissage. C'est alors une véritable fête accompagnée des sons des tambours.   

 

 

 

    


 

1.Grande Mosquée de Djenné

2.Les bois encastrés dans l'édifice sont utilisés comme échafaudages.

 

 

 

2/ L'architecture fonctionnelle ; les greniers.

 

Des greniers en terre sont présents dans les villages afin de pouvoir stocker  le riz, le mil, les haricots ou encore les arachides. Ces structures intelligemment architecturées permettent de protéger les grains de la pluie, de l'humidité, des rongeurs ou d'autres parasites. Ces bâtisses sont surélevées par des pierres afin d'éviter les remontées capillaires. Le plancher est composé  de branchages qui permettent à l'air de circuler et donc éviter la moisissure. Ces réserves sont précieuses afin de disposer de provisions pour la saison sèche. L'épaisseur des murs est étonnement fine comparée à la hauteur des murs. Les greniers atteignent parfois 6 mètres de hauteur alors que les parois ne mesurent que 5 centimètres. En effet, une attention particulière est prêtée à l'élaboration de la terre des greniers. Des additifs naturels sont souvent utilisés afin d'améliorer la résistance face à la traction.

 

 

                           

 


 


3/ L'architecture de l'habitat est le reflet de la culture malienne.

Les maisons sont en général construites sur un seul niveau. Nous avons rencontrés des maisons à plusieurs étages seulement sur Djenné et à Mopti. Leur forme est simple, souvent de base carrée ou rectangulaire. Les toitures sont souvent plates ; cet espace est exploité surtout la nuit afin de dormir plus au frais. Les toitures sont construites en bois et en terre.  

Les toitures à pans sont en tôle ; elles reposent sur des pannes en bois.

 Les cases sont organisées autour d'une cour centrale où se déroule les activités de la vie quotidienne (confection des repas, prières, discussions...) Un vestibule sépare souvent  la cour des pièces de la maison. Cet espace tampon permet de garder les pièce à l'ombre et donc au frais.


                          

Les cases à palabres, appelées aussi Toguna sont des lieux de regroupement des hommes, un véritable lieu de discussion ou de justice. Les toits sont très bas, cela évite aux personnes de s'emporter. Celles ci sont présentes dans chaque village Dogon. La conception est très simple ; des piliers en bois ou en pierre soutiennent une toiture composée de branches de bois et d'une épaisseur très importante de végétaux séchés. Cette édifice apporte de l'ombre et de la fraîcheur, on peut y trouver le chef et les sages du village.

 

                        

 


Pays Dogon, la case à palabres.


 

Certaines habitations sont très sophistiquées dans l'ingéniosité de conception ou par leur beauté. Certaines comportent plusieurs toitures plates avec de très belles ornementations de toitures, c'est le cas de Djenné.

 

Le matériau terre est un mode constructif qui  s'adapte à l'environnement naturel et culturel africain. Cette architecture de terre est présente sur tous les continents habités. Aujourd'hui, la moitié de la population mondiale vit dans une habitation en terre crue. 15% des œuvres architecturales inscrites sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO sont construites en terre.